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L'hospitalisation dans la tourmente

 

 

Propositions :

  • Former et embaucher les personnels nécessaires à l’hôpital

  • Intégration des hôpitaux dans un système de coopération globale

  • Inscrire les hôpitaux dans une démarche de développement et d’investissement

  • Démocratiser leur gestion

  • Interdire aux cliniques commerciales d’être cotées en bourse

  1. L’hôpital public

Nous voulons un service public qui réponde aux besoins de la population, quels que soient ses revenus, son âge, son lieu d'habitation, sa pathologie. Comment est-on passé d’un hôpital public performant – véritable fleuron du système de santé – à cette situation de crise ? Faire ce diagnostic est indispensable pour sauver l’hôpital public. Plus : il permet de dégager des propositions à court et à long terme.

La clé de voûte de notre analyse repose sur trois arguments : la pénurie de soignants, l’inflation des « dépenses », et l’excellence qui serait contradictoire avec la proximité. A cette argumentation, il faut ajouter l’insuffisance budgétaire chronique, qui a induit de graves dysfonctionnements. À l’opposé des actes gouvernementaux mélangeant privé et public, vidant le service public de ses valeurs et principes fondamentaux, gérant la pénurie de personnel, orientés vers la réduction des dépenses de santé socialisées, gouvernés autoritairement, nous proposons un service public hospitalier de proximité. Il doit répondre aux besoins de la population, être géré démocratiquement en laissant aux personnels les moyens et l'initiative leur permettant de progresser dans la qualité.

Le développement de l’organisation des réseaux est nécessaire

  1. Les réseaux entre hôpitaux doivent permettre une prise en charge de proximité, garantir l’accès aux soins les plus techniques en cas de besoin, et éviter l’isolement des professionnels.

  2. Les réseaux entre l’hôpital et la médecine ambulatoire ou les structures d'hébergement de longue durée permettent une prise en charge cohérente et fluidifiée et évitent les attentes inutiles et dangereuses.

  3. Les réseaux entre unités et services hospitaliers sont la pièce maîtresse de leurs coopérations, à l’opposé de la mise en compétition à visée économico-bureaucratique des pôles.

Former les professionnels dont l’hôpital a besoin

Dès 1985, l’OMS annonçait la pénurie de médecins pour 2005. Pourtant, les places au concours d’entrée en médecine n’ont cessé de diminuer jusqu’en 1998. Il en va de même pour les écoles en soins infirmiers. Alors que les syndicats alertaient, les écoles fermaient. Encore aujourd’hui, alors que les postes ne sont pas pourvus dans les services, on restreint l’entrée dans les écoles. Il n’est pas vrai qu’il y a plus de postes que de postulants. Cela justifie un plan d’urgence pour la formation dans toutes les filières de soins et de santé publique.

Embaucher

Il faut :

  • Embaucher des ouvriers, des agents hospitaliers (brancardiers, standardistes, secrétaires hospitaliers (informations des malades, rendez-vous…), des diététiciens, des informaticiens, du personnel d’entretien et de ménage, etc.

  • Mettre un terme à l’externalisation c'est-à-dire à la privatisation de toutes les missions dites « non soignantes » (hôtellerie, travaux…).

  • Titulariser tous les CDD et autres précaires.

  • Réaliser une évaluation nationale des postes manquants, hôpital par hôpital, service par service…

Recentrer l’activité sur les missions de soins

L’inflation bureaucratique couplée à la judiciarisation de la médecine conduit les soignants à devoir assurer une masse de travaux administratifs considérable. Il faut en supprimer certains comme la tarification à l’activité et rediriger les autres sur des emplois « non soignants ». Le développement des réseaux informatiques doit être une priorité à l’hôpital. Elle ne doit pas se conjuguer avec réduction des postes de secrétariat mais être au service des soins et de l’efficacité des équipes. Il ne s’agit pas d’en faire un outil de centralisation des décisions, de contrôle des prescriptions…

Si le personnel administratif est gravement déficitaire en nombre dans les services liés aux soins (secrétaires, archivistes…), son effectif a été majoré dans les structures centrales et de contrôles (accréditation) au cours des dernières années. Sans opposer les administratifs aux soignants, nous souhaitons évaluer la pertinence et les conséquences de leur concentration dans des structures bureaucratiques éloignées.

Au cœur de l’engagement professionnel : un travail de qualité

La crise de l'hôpital atteint profondément les personnels soignants dans leur dignité : lorsque l’on est soignant, refuser un soin par manque de moyen est insupportable. L’épidémie de maladies liées au stress chez les soignants doit être prise au sérieux par la puissance publique. Les personnels culpabilisent, se cachant parfois derrière un repli, des renoncements protecteurs. Il y a urgence à transformer les conditions de travail : augmenter le nombre de soignants, réorganiser en recentrant sur les missions de soins, donner des droits d'intervention des salariés dans la gestion.

Mais c’est aussi de la reconnaissance que la collectivité doit leur accorder. Il faut réaffirmer l’utilité sociale des professionnels. Revenus, conditions de travail, déroulement de carrière doivent correspondre à cette utilité sociale. Nous proposons une augmentation de tous les salaires immédiatement et une refonte des grilles salariales. Le salaire minimum doit être porté à 1700 € net par mois. Très loin de la logique actuelle qui vise à stigmatiser, à culpabiliser, à juger, à dévaloriser, il faut reconstruire un mouvement social pour la défense et la reconstruction d’un service public de qualité.

Changer de logique

L’hôpital est malade de la logique marchande, de la mise en concurrence généralisée. Plus il y a de services clientèles dans les hôpitaux, moins la prise en charge des malades est de qualité.

  • La proximité, c’est la qualité. La qualité de la prise en charge ne peut se réduire à des objectifs techniques. Être hospitalisé près du domicile permet les visites fréquentes des proches si essentielles au bien-être des patients. Avoir des consultations faciles d’accès est indispensable, en particulier pour les plus vulnérables, notamment les personnes en perte d’autonomie. La proximité, c’est la condition de la médecine préventive.

  • Des unités à taille humaine. Les pôles et les regroupements ont d’ores et déjà démontré combien ils sont antinomiques avec la sécurité, la qualité, l’efficacité et l’humanité.

  • Relancer l’attractivité de l’hôpital public : Une politique volontariste doit être engagée pour améliorer les urgences et répondre à la demande de consultations, afin de mettre un terme à un transfert massif des malades du public vers le privé.

    • Les consultations

Le délai moyen pour obtenir un rendez-vous est de 3 mois et plus dans certaines spécialités.

    • Les services d’urgence

Ils sont la structure de soins la plus accessible pour répondre à une détresse médicale ou sociale. Ils sont des éléments majeurs pour la sécurité sanitaire et assurent une part importante de la permanence des soins. En conséquence, les hôpitaux devront s’organiser pour faire face à une demande croissante.

    • La logistique

La vétusté des hôpitaux est encore très importante. La population attend de l’hôpital les meilleurs soins mais elle souhaite aussi y être accueillie dans les meilleures conditions. À qualité de soins égale, elle préfère la chambre individuelle agréable, la structure propre, la nourriture de qualité. Or, il faut bien constater que même si des efforts ont été faits, beaucoup reste à faire pour humaniser les hôpitaux. Cela suppose une mise à niveau architecturale, une maintenance efficace, une qualité des cuisines… Les services techniques et logistiques doivent être mis davantage à contribution. Il faut reconquérir les marchés passés au privé de la maintenance, du nettoyage, de l’alimentation… . Il faut stopper les processus de partenariat public privé dans l’investissement sanitaire et social.

  • Sortir de la logique sécuritaire et de la mal-nommée « démarche qualité ». La dérive sécuritaire et son corollaire la « démarche qualité », mettent une pression qui conduit non seulement à rompre le rapport de confiance entre les soignants et les médecins, mais aussi à faire des choix thérapeutiques influencés par la prise de risques juridiques minimum. Ainsi, on tend à augmenter les césariennes sur les accouchements naturels. De plus, on exige une disponibilité des soignants – par exemple la généralisation des gardes sur place plutôt qu’astreintes – qui devient repoussoir pour les plus jeunes et favorise la fuite vers le privé du personnel hospitalier. La judiciarisation préjudiciable à la qualité de la relation soignant-malade fait les « choux gras » des assurances privées.

  • Suppression du secteur privé à l’hôpital public : Outre le secteur privé à l’hôpital public, c’est toutes les formes d’invasion par le privé (partenariats, services privés au sein de l’hôpital public…) qui doivent être interdites.

La démocratie : pilier de l’efficacité et de la qualité

De réforme en reforme, la gouvernance de l’hôpital public est de plus en plus déshumanisée. Les soignants, les élus, les représentants de malades, et les citoyens sont totalement exclus des choix concernant les grands projets, les ambitions, le financement de l’hôpital public. Nous proposons au contraire de redonner toute sa place à la démocratie et à l’intervention des acteurs de l’hôpital. Parce qu’intervenir dans les choix, connaître les rouages, maîtriser les conséquences des décisions et des actes… sont les conditions de la responsabilisation. Les formes et structures internes seront à élaborer collectivement.

Le financement des hôpitaux est traité au chapitre 38.

  1. Les établissements privés à but non lucratifs

Ils jouent un rôle majeur aujourd’hui notamment par une offre complémentaire et doivent pouvoir bénéficier des mêmes réformes que les établissements publics.

  1. Les cliniques commerciales à but lucratifs

Leur mise en concurrence avec le secteur public est déloyale, coûteuse, inefficace et inacceptable. La vision ancienne de clinique « familiale » est aujourd’hui remplacée par des groupes privés bien souvent cotés en bourse dont la mission est d’enrichir des actionnaires. Le développement de tels groupes atteint maintenant des proportions plus que préoccupantes. À l’heure où le monde est victime des dégâts de la financiarisation, on ne peut accepter leur main mise sur le système sanitaire. La puissance publique doit imposer et faire respecter des règles éthiques conformes à la mission de service public assumée par ces établissements. Tous les malades doivent être acceptés quel que soit leur statut social. Les évaluations et les règles de sécurité applicables à l’hôpital public doivent les concerner. Le financement du secteur hospitalier privé notamment les fonds de pension, ne doit pas permettre des dividendes payés par la collectivité au travers de l’assurance-maladie : il doit être interdit aux groupes liés à l’hospitalisation d’entrer en bourse. Lorsque localement l’existence de ces établissements est stratégique, ils doivent pouvoir être intégrés au service public si nécessaire.

 

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